Le Venezuela éclairé à la bougie

Le Venezuela au ralenti depuis plus de 24h après une coupure générale d’électricité aux conséquences dévastatrices pour ce pays en crise.

L’origine de la panne n’est pas encore connue, mais des experts accusent le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage.

La compagnie vénézuélienne d’électricité Corpoelec a dénoncé, sans plus de précision, un « sabotage » de la centrale hydroélectrique vénézuélienne de Guri, l’une des principales d’Amérique latine.

Cette panne de courant géante a plongé le Venezuela dans le chaos depuis plus de 24h et mis sous pression gouvernement de Nicolas Maduro qui dénonce un acte de « sabotage ».

Plusieurs entreprises et les écoles, collèges, lycées et universités ont suspendu leurs activités, les vols ont été annulés, les hôpitaux au ralenti et des pillages ont été signalés un peu partout sur le territoire notamment à Caracas, en capitale.

Sur Twitter la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez a indiqué que la journée de travail et les cours ont été suspendus « afin de faciliter la remise en service de (la distribution de) l’électricité dans le pays, victime de la guerre impérialiste sur l’électricité ».

Selon la presse locale, 22 des 23 Etats du pays ainsi que la capitale sont affectés. Le courant est revenu partiellement vendredi après-midi dans certains quartiers de Caracas avant d’être coupé à nouveau.

L’économie du Venezuela, déjà très fragile, est également touchée: les habitants ne peuvent pas retirer d’argent aux
distributeurs et les banques sont restées fermées vendredi. Dans ce pays où l’inflation est hors de contrôle, les transactions électroniques -suspendues vendredi- sont indispensables, y compris pour les achats courants comme le pain.

Le ministre de la Défense Vladimir Padrino a qualifié cette panne d' »agression délibérée » des Etats-Unis et a annoncé un « déploiement » de l’armée sans plus de détails, lors d’une déclaration sur la télévision d’Etat VTV.

A l’aéroport de Maiquetia, qui dessert Caracas, des dizaines de personnes, dont beaucoup accompagnées de jeunes enfants, attendaient la reprise des vols dans le noir, vendredi après-midi. Deux gros projecteurs dans le hall principal étaient allumés par intermittence.

Les lignes téléphoniques et internet ont été interrompues, ainsi que la distribution de l’eau dans les immeubles, assurée par des pompes électriques.

Les coupures de courant sont habituelles au Venezuela, voire chroniques dans l’ouest du pays. Mais elles sont plus rares à Caracas, surtout de cette ampleur.

Devant l’hôpital Juan Manuel de los Rios, José Lugo vient de perdre sa nièce à cause de la panne, assure-t-il.

« Son fiancé et des amis ont dû la descendre sur la civière par les escaliers. Evidemment, les ascenseurs ne marchaient pas. On l’a placée au rez-de-chaussée (où il y avait du courant grâce aux générateurs, ndlr) et rebranchée, mais entre le transfert et le temps d’attente (…) elle est morte », explique-t-il à l’AFP.

A l’extérieur de la principale morgue de la capitale, également paralysée par le manque de courant, des familles attendent qu’on leur remette la dépouille de leur proche.

Pendant la panne, l’horizon s’est également assombri pour le gouvernement de Nicolas Maduro. D’une part, le Venezuela devra rembourser quelque 8,7 milliards de dollars au géant pétrolier américain ConocoPhillips en guise de compensation pour son expropriation en juin 2007, a jugé vendredi un panel d’arbitrage de la Banque mondiale.

D’autre part, le ministre vénézuélien de l’Industrie, Tareck El Aissami, a été inculpé peu avant à New York pour avoir contourné des sanctions du Trésor américain liées au trafic de drogue, a indiqué le procureur fédéral de Manhattan.

De son côté, Juan Guaido, l’opposant autoproclamé président par intérim et reconnu par une cinquantaine de pays, a attribué la panne à l’incurie du gouvernement en place et a de nouveau appelé les Vénézuéliens à défiler samedi.

Au-delà du Venezuela, cette coupure de courant gigantesque affecte aussi l’Etat frontalier brésilien de Roraima (nord) et ses plus de 500.000 habitants, également alimentés par la centrale vénézuélienne.

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