Gabon : le ton ferme de Julien Nkoghe Bekale

Place de la tolérance située dans le quartier populaire Rio au 3e arrondissement de Libreville, la capitale du Gabon

Face aux opérateurs économiques vendredi à Libreville, le premier ministre gabonais, Julien Nkoghe Bekale a invité ces derniers à désormais ré-investir leurs bénéfices au Gabon au lieu de les virer comme par le passé vers l’étranger.

Comment les entreprises peuvent-elles accompagner l’Etat à bien mettre en oeuvre son plan de réforme et de relance économique?

Ces points étaient au centre d’une rencontre à Libreville, vendredi dernier, entre le preministre gabonais, Julien Nkoghe Bekale et les responsables des entreprises installées au Gabon.

Les échanges entre les parties a eu pour base l’examen de la situation actuelle du marché du travail et des besoins des employeurs concernant leurs perspectives d’embauche.

“Nous avons besoin de votre soutien pour faire la pédagogie car le plus gros des troupes ce sont vos employés et se sont eux qui résistent aux réformes. Pour vous les entreprises, vous devez investir votre argent ici au Gabon. Arrêtez de virer vos recettes d’exploitation, vous devez les ré-injecter dans le pays pour financer l’investissement. Le Gabon n’est pas une boîte aux lettres. Vous collecter les fonds ici et les transférer à l’étranger.”, a fait savoir le premier ministre Nkoghe Bekale.

Le Gabon, pays d’Afrique centrale à revenus intermédiaires dont l’économie est basée sur l’exploitation du pétrole, du manganèse et du bois traverse des difficultés depuis la chute des prix du brut sur le marche international. Pour limiter l’impact négatif de cette conjoncture, les autorités ont élaborer en 2017, un plan triennal de relance économique pour la période 2017-2019 mais qui peine à être mis en oeuvre avec efficacité.

Ce plan d’après l’ex premier ministre, Franck Emmanuel Issoze Ngondet visait entre autres objectifs : Rétablir durablement l’équilibre des finances publiques en ramenant le déficit budgétaire à un niveau inférieur à 3% du PIB en sortant
progressivement d’une dépendance trop importante des finances publiques aux recettes pétrolières. Aux dires de M. Issoze Ngondet, il s’agissait de faire passer les recettes non pétrolières de 12,5% à 16,3% d’ici à 2019; maîtriser le niveau d’endettement public du pays, puis redynamiser la création de richesses et d’emplois pour répondre à la forte demande sociale.

Pour ce faire, précisait l’ancien chef du gouvernement, le pays comptait porter le taux de croissance du PIB au niveau cible proche de 5% à l’horizon 2019 ; créer au moins 30.000 emplois dans le secteur privé sur la période ; renouer avec un solde positif de la balance des paiements puis résorber la pauvreté et améliorer le bien-être des populations, en réduisant de 100 000, le nombre de Gabonais Économiquement Faibles.

Mais quand n’est-il à ce jour?

Selon un rapport de la Banque Mondiale publié en mars 2019, le cinquième producteur de pétrole d’Afrique, dispose toujours d’un climat des affaires peu attractif et se classe à la 167e place sur 190 pays dans l’édition 2018 du rapport Doing Business. Une place qui constitue une sérieuse entrave à la diversification de son économie note la BM.

La stratégie du gouvernement pour promouvoir les filières non pétrolières s’est jusqu’ici résumée à accorder des incitations spécifiques aux investisseurs étrangers. Une récente note de politique générale de la Banque mondiale a plaidé pour le renforcement du capital humain, la mise en place d’un environnement des affaires équitable et transparent et l’amélioration de la qualité et du prix des infrastructures clés — trois conditions vitales pour assurer la diversification de l’économie et des exportations.

Les autorités ont récemment adopté une série de mesures pour améliorer le climat des affaires, avec la création d’un guichet unique pour les investisseurs, l’introduction d’un cadre institutionnel pour les partenariats public-privé, l’instauration d’un tribunal arbitral national et l’adoption de codes pour les hydrocarbures et les mines mais les fruits de ces réformes ne sont pas encore visibles.

Le Gabon doit également augmenter ses dépenses sociales : une étude de McKinsey réalisée en 2013 indiquait qu’environ 30 % de la population sont vulnérables, avec un revenu mensuel inférieur au salaire minimum garanti de 80 000 FCFA (soit environ 150 dollars). La fermeture de plusieurs entreprises n’a fait que contribuer à la descente aux enfers. La situation sociale s’est dégradée en termes d’accès aux services de base (soins de santé, eau potable et électricité) dans 60 % des régions. En 2016, le Gabon ressortait au 109e rang sur 188 pays dans l’indice du développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement, indique la Banque mondiale.

Fort de ce rapport, le gouvernement gabonais s’est employé à améliorer sa politique sociale, articulée sur les piliers suivants :

aide aux populations les plus vulnérables (personnes âgées, orphelins, handicapés) grâce à des programmes sociaux intégrés ; soutien aux populations les plus démunies pour créer des activités rémunératrices ; réduction des inégalités d’accès aux services publics. Alors que le taux net de scolarisation en primaire ressort à 96,4 % (l’un des plus élevés d’Afrique), le système éducatif gabonais reste caractérisé par un taux de redoublement élevé et un faible taux d’achèvement (37,2 %).

Selon la BM, les failles du système statistique national doivent impérativement être traitées, surtout dans le contexte de l’affaiblissement des cours du pétrole et alors même qu’une bonne compréhension des conséquences sociales des ajustements dans la fonction publique est cruciale. Le pays ne dispose pas de données fiables sur la pauvreté et la distribution des revenus, les derniers éléments disponibles remontant à 2010. L’indice des prix à la consommation est toujours calculé en fonction d’une structure de la consommation des ménages établie à partir d’une enquête de 2003.

Quant à l’objectif d’un taux d’endettement national en dessous de 40% du PIB en 2019 fixé dans le cadre du PRE, l’analyste économique Mays Mouissi, précise qu’il pourrait très probablement ne pas être atteint.

En effet dit-il, le gouvernement gabonais n’a pas respecté sa stratégie d’endettement d’une part et a accru son endettement à un rythme soutenu d’autre part. Il fait remarquer par exemple, que le ministère gabonais de l’Économie, la dette publique du Gabon à fin novembre 2017 représentait 62% du PIB, 19 points au-dessus des 43% prévus en 2019 dans le cadre du « scenario choc » de la stratégie nationale d’endettement.

Avec la Banque mondiale et mays-mouissi


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