Gabon : la HAC suspend un journal en ligne


Reporters sans frontières (RSF) est monté au créneau ce début de semaine pour dénoncer la suspension récente par la Haute autorité de la communication (HAC) ancien Conseil national de la communication (CNC), le régulateur des médias au Gabon du journal en ligne “Gabon Média Time”.

Pour RSF, cette nouvelle sanction qu’il juge “arbitraire” jette davantage le discrédit sur la HAC qui s’obstine précise l’Ong de défense des droits de journalistes dans “sa politique répressive des médias” .

La HAC rechute, et la liberté de la presse est malade au Gabon soutient RSF faisant savoir que depuis plus d’un an les suspensions abusives de médias par la Haute autorité de la communication (HAC).

D’après RSF, le site en ligne Gabon Média Time frappé d’une suspension d’un mois par les autorités gabonaises, à été sanctionné pour un article publié le 31 juillet et intitulé : “Gabon: une fillette de 2 ans renvoyée à la maison faute de lit à l’Institut de cancérologie”.

L’article à l’origine de la suspension précise l’Ong soulevait notamment le manque de place dans certaines institutions hospitalières du pays, problème qualifié comme une “véritable épine sous le pied du gouvernement”.

Or, fait remarquer RSF, dans sa décision du 1er août la HAC dénonce “des insinuations malveillantes, suspicieuses et tendancieuses” qui contreviennent à “l’éthique et à la déontologie” du journalisme.

Contacté par RSF, le rédacteur en chef du site d’information qui revendique plus de 40 000 visiteurs uniques chaque jour, Morel Mondjo Mouega “prend acte de la décision” mais regrette “une sanction dure au regard du sujet évoqué, qui a fait l’objet de vérifications auprès de la famille”.

Selon le rédacteur en chef toujours cité par RSF, le média compte faire “un recours auprès de la HAC pour revoir la sanction à la baisse”, avant de déplorer la “mise au chômage technique d’une dizaine de collaborateurs et une perte de revenus” pour son média.

“Une fois de plus cet organe de régulation apparaît comme une machine à sanctions, piochant dans l’arsenal législatif vague, imprécis et liberticide des textes qui encadrent l’exercice du journalisme au Gabon pour servir les intérêts du pouvoir et empêcher toutes critiques légitimes sur des sujets d’intérêt général, déplore Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

Cette politique de sanctions systématiques génère de l’autocensure, met en difficulté économique de nombreux médias et contribue à détériorer l’image du pays. Si les autorités gabonaises sont encore attachées à la liberté de la presse, elles n’auront d’autres choix que de réformer en profondeur les textes qui l’encadrent et l’organe censé en assurer la défense”.

Cette suspension arbitraire vient s’ajouter à la douzaine recensée par RSF depuis la création de la HAC par ordonnance en février 2018, une vague de sanctions sans précédent qui avait déjà conduit RSF à demander une réforme de la HAC, véritable “bourreau des médias gabonais”.

Le 16 juillet, un journaliste et consultant sportif pour RFI, Freddhy Koula, a écopé d’une interdiction d’exercer son métier pendant 6 mois pour avoir rapporté sur sa page Facebook personnelle les témoignages de joueuses de l’équipe de foot féminine gabonaise de moins de 20 ans dénonçant leurs conditions d’hébergement et accusant certains de leurs dirigeants de viols et d’agressions sexuelles. La HAC a expressément interdit aux médias émettant au Gabon de collaborer avec ce journaliste qui vit en France et de veiller à l’application de cette décision sans même attendre les conclusions d’une enquête demandée sur cette affaire par le ministre de Sports de l’époque.

La semaine suivante, pas moins de 30 médias en ligne ont été suspendus par l’autorité pour absence de conformité administrative et juridique, et ce, jusqu’à régularisation de leur situation.

Le Gabon occupe la 115e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.

Magazine24 & RSF


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