Covid-19 en Afrique : la liberté de la presse infectée

Photo d'Archives/logo/RSF

Dans un communiqué de presse vendredi dernier, l’Ong de défense des droits des journalistes, Reporters sans frontières (RSF) a déploré une multiplication des actes d’intimidation, d’agression et de censure visant les journalistes et médias couvrant la crise sanitaire en cours sur le continent.

 

RSF fait savoir qu’au moment où l’Afrique compte 3337 cas et 90 décès des suites du coronavirus l’étau se resserre dangereusement sur les journalistes du continent.

Reporters sans frontières fait remarquer par exemple qu’en RDC, Tholi Totali Glody, reporter pour  Alfajari TV, a été pourchassé puis renversé de sa moto par des policiers lors tournage d’un reportage sur le confinement imposé à la population de sa province.

L’ONG précise que des scénarios quasi identiques se sont produits au Sénégal, où une équipe de télévision de Touba TV a reçu plusieurs coups de matraques de la part d’un policier alors qu’elle disposait d’une autorisation préfectorale pour couvrir le confinement, et en Ouganda, où Julius Ocungi le chef du Réseau Radio Ouganda a été agressé par les forces de l’ordre qui lui ont ensuite dérobé de l’argent et son appareil photo pour avoir tenté de couvrir la fermeture d’un bar.

Au Nigeria, plusieurs journalistes de la chaîne TVC, embarqués avec les forces de l’ordre qui procédaient à des fermetures de lieux publics, ont de leur côté été malmenés et leurs téléphones dérobés par les membres d’une église de Lagos, la capitale économique du pays.

En Éthiopie insiste RSF, deux journalistes de la presse étrangère, Tom Gardner (The Economist et The Guardian) et Robbie Corey-Boulet (AFP), ont été accusés d’être porteurs du virus par un troll suivi par plus de 30000 personnes.

Et l’organisation de soutenir que ces cas d’agressions et d’intimidations s’ajoutent des tentatives d’empêcher les journalistes de faire leur travail. RSF en veut pour preuve la décision prise par les autorités du Nigeria et du Libéria de limiter l’accès à la présidence à une poignée de médias, presque tous contrôlés ou proches du pouvoir.

Celles du Cameroun ont exclu de la communication gouvernementale plusieurs médias privés critiques très populaires. Et à Madagascar, les programmes de libre antenne dans lesquels des auditeurs sont susceptibles d’intervenir et d’exprimer leur opinion sur la pandémie et sa gestion sont désormais interdits.

Enfin, les pressions policières et judiciaires s’accentuent regrette Reporters sans frontières.

Pour avoir révélé deux cas de coronavirus à la prison d’Abidjan dans une enquête dont les conclusions ont été démenties par l’administration pénitentiaire, deux journalistes ivoiriens ont été condamnés à 5 millions de francs CFA d’amende (7622 euros) chacun pour “diffusion de fausses nouvelles”.

Des faits qui sont selon RSF désormais passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à six mois de prison en Afrique du Sud qui vient de durcir sa législation dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Au Mali et au Congo, un journaliste de L’indépendant et une équipe de la DRTV ont été brièvement arrêtés à la suite de reportages sur l’épidémie.

“Agressions, intimidations, arrestations de journalistes, censure et exclusion de médias critiques, la liberté de la presse ne doit pas être une victime collatérale de cette épidémie mondiale, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. S’en prendre aux professionnels de l’information est sans doute l’un des pires moyens de lutter efficacement contre la propagation du virus. Nous exhortons les autorités des pays concernés à ne pas se tromper de combat en garantissant aux journalistes la possibilité d’exercer librement leur métier sans crainte de représailles à l’heure où leur mission d’information auprès du public est plus que jamais essentielle.”

La stratégie qui consiste à s’attaquer à la liberté de l’information peut avoir des conséquences particulièrement graves en ce moment. Dans une publication reprenant la chronologie des tentatives d’étouffer ou de minimiser l’ampleur de la crise sanitaire, RSF a récemment fait la démonstration des ravages de la censure et du contrôle de l’information par les autorités chinoises. Si les journalistes et médias de ce pays avaient pu effectuer librement leur travail, des milliers de vies auraient sans doute pû être épargnées et l’épidémie ne serait peut-être pas devenue une pandémie mondiale.

 

©Magazine24 avec RSF


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