Sénégal : La relance de l’économie en tenant compte des spécificités saisonnières de certains secteurs clefs

© Photo d’illustration/Une vue partielle de la Corniche de Dakar, la capitale du Sénégal

Dans plusieurs pays sur le continent et notamment au Sénégal, la relance de l’économique est une question cruciale. Dans le cas particulier du Sénégal, la non prise en compte des spécificités saisonnières de certains secteurs clefs de l’économie nationale hypothéquera 20 à 23 % du PIB.

C’est l’avis de Cheikh Mbacké SENE, Consultant en Veilles et en Intelligence économique qui fait savoir que l’action économique dans sa globalité repose sur des paramètres et facteurs, lesquels peuvent être circonstanciés, selon qu’ils soient endogènes ou exogènes, mais aussi saisonnières.

Pour l’expert, la structuration de l’économie sénégalaise sur l’année est une donnée précieuse à ne point occulter lorsqu’il s’agit de prendre une décision ou de lancer des actions pouvant avoir un impact direct ou indirect sur l’économie. Bien que saluant la « résilience » du Sénégal et son plan de relance, il importe d’attirer l’attention sur le caractère saisonnier de certains secteurs qui peuvent être des « gouffres financiers ».

A en croire Cheikh Mbacké SENE, la projection de la croissance 2020, déjà en dégringolade de 6,8 à 1,1%, en raison de l’incertitude qui perdure avec la non maîtrise de la pandémie devait naturellement dépendre du comportement de notre économie face à la crise. La prorogation de la pandémie entraîne des « surbudgétisations » directes et indirectes; et que chaque décision à coût de milliards prise dans le cadre de la gestion de la crise entraîne un dérèglement dans les finances publiques en plus de ceux déjà subi.

Et l’expert de préciser qu’une telle situation délétère (devant creuser la croissance encore une fois de 1,1 à – 0,7%) avait besoin d’une relance plus que progressive non seulement de l’économie nationale, mais simultanément de celles de nos pays partenaires (à qui nous vendons et chez qui nous achetons). Ce qui est loin d’avoir été le cas. A la reprise poussive qui a semblé différer une « récession » et venue se verser la crise des inondations avec son lot de décisions financières qui sans doute va creuser encore le déficit.

Autant d’aléas dont le régime actuel du Sénégal n’est pas – il faut le préciser – comptable, mais qu’il va devoir assumer par une ingéniosité qui n’expose pas pour autant le pays, tant au surendettement (bloqué ou ralenti pour l’heure par le FMI) qu’à la faillite (on est encore loin de cette hypothèse).

Mais le plus inquiétant, c’est le semblant de « manque d’ingéniosité » dans l’approche d’une relance qui se veut tellement au mode fast tract qu’elle oublie certaines réalités…saisonnières.

Les investissements de relances doivent être différés jusqu’après la saison hivernale pour maximiser les chances de voir les fonds adéquatement investis pour des résultats probants. Et ce, pour les raisons suivantes : En période hivernale, la pêche qui représente 2,5 à 3% du PIB national et 11 à 12% du PIB du secteur primaire du pays est au ralenti;  l’agriculture qui assure 17% du PIB et occupe 40% à 60% de la population est en soudure et le tourisme qui génère 6 % du PIB et près de 100 000 emplois est en fin de saison. Tout investissement dans ces trois secteurs ne saurait trouver toute les conditions probables de performances réunies. 

Etre « dans l’action pour l’efficacité » plus que  « dans l’action pour l’image »

Il est connu chez les avertis. Dès qu’un Etat adopte un plan d’action particulier, il doit commencer à se demander si nous sommes sur la bonne voie? Avons-nous fait le bon appel? Comment pouvons-nous répondre aux problématiques urgentes et faire des prédictions? Un régime vit et meurt par sa capacité à répondre à ce type de questions.

Ce n’est point une faiblesse ou preuve de d’incapacité à se poser ces types de question. Sur ces deux dernières années, si on fait une bonne lecture, le président Macky Sall a su faire preuve de courage pour remettre lui même en question certaines de ses décisions et réajuster objectivement et sans calcul politique, plaçant seulement l’intérêt national au dessus de tout. Le Gouvernement doit savoir suivre et surtout ne point se précipiter pour « être dans l’action pour l’image », mais « être dans l’action pour l’efficacité ». Le plus important ce n’est ce qu’on pense dans l’immédiat, mais la relance réelle, efficiente et effective de l’économie et de la croissance et bien plus tard le bilan économique dont on sera comptable.

Pour résumer, j’insiste sur la prudence et l’ingéniosité dont l’Etat doit faire preuve dans l’approche de la relance en prenant en compte les spécificités et réalités saisonnières des secteurs importants qui doivent être réceptacles par excellence de certains investissements (le tourisme, l’agriculture et la pêche…).

Le rythme des investissements et aides doit aller en crescendo pour permettre une meilleure efficience. Pendant ce temps, mettre les bouchés sur les autres secteurs  pas soumis aux aléas saisonnières pour permettre à l’économie de monter en puissance et à pas sûr. Dans le cas contraire, on fera plus de… »personnes heureuses », sans que les secteurs indexés ne retrouvent leur dynamisme et l’Etat hypothéquera 20 à 23% de son PIB. Il se produira l’effet contraire à celui espéré, a insisté notre expert.

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