Presse : une liberté d’informer mise à l’épreuve en Afrique

Dans son dernier rapport sur la liberté de la presse publié en partenariat avec Cartooning for peace, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan sombre des atteintes à la liberté d’informer sur le continent africain en lien avec l’épidémie de coronavirus.

Pour RSF, ces exactions contre les journalistes hélas en augmentation ont davantage affaibli économiquement des médias, favorisé le manque de transparence. L’Ong de défense des droits de journalistes estime que l’adoption de lois liberticides, a été de trop.

Et pour cela, RSF appelle les gouvernements africains à tirer tous les enseignements de la crise sanitaire ayant marqué cette année 2020 pour ne pas affaiblir davantage la production d’information indépendante, mise à rude épreuve sur le continent.

Au plus fort de la crise, entre le 15 mars et le 15 mai 2020, fait remarquer RSF, le nombre d’agressions (23) et d’arrestations arbitraires (31) de journalistes en Afrique subsaharienne aura triplé par rapport à la même période en 2019 d’après les informations recueillies sur l’Observatoire 19.

Cet outil lancé par RSF pour documenter les impacts de la pandémie sur le journalisme, a permis de recenser un total de 109 atteintes à la liberté de la presse depuis le début de la crise sanitaire sur le continent.

Sur les 48 pays d’Afrique subsaharienne, 29 sont concernés par au moins une violation de la liberté d’informer en lien avec ce sujet. Cependant, 38%  des violations ont été enregistrées dans seulement trois pays : le Nigéria (15 cas), le Zimbabwe (14) et l’Ouganda (12).

Ensemble des atteintes à la liberté de la presse documentées par RSF en 2020.

Le bilan en chiffres

En Afrique subsaharienne, entre le 1er mars et le 27 novembre 2020, RSF a recensé :

109 atteintes à la liberté de la presse en lien avec la crise sanitaire ;
40 arrestations arbitraires de journalistes ;
26 agressions, dont 24 commises par les forces de l’ordre ;
14 sanctions ou condamnations visant des journalistes et des médias ;
19 mesures restrictives
10 intimidations et menaces
29 pays concernés ;
Que le Nigéria (15 cas), le Zimbabwe (14) et l’Ouganda (12) représentent à eux seuls 38% des violations enregistrées.

Censure et hyper-contrôle de l’information

Dans certains pays, la crise sanitaire a aussi eu un rôle d’amplification des fortes menaces et contraintes qui pesaient déjà sur le journalisme avant l’épidémie. Depuis 2016, la Tanzanie, où le président John Magufuli vient d’être réélu pour un second mandat, a perdu 53 places au Classement mondial de la liberté de la presse (124e/180 pays).

Dès le mois d’avril, le chef de l’Etat a décidé de ne plus communiquer d’information sur les contaminations dans le pays, tout en évoquant ouvertement dans ses discours la théorie d’un “complot de l’Occident”. Dans un contexte déjà fortement dégradé, où l’autocensure est devenue la règle pour éviter les ennuis, ce blackout de l’information a rendu la couverture de l’épidémie et de ses effets pratiquement impossibles pour les journalistes tanzaniens, comme l’avait dénoncé RSF dans une récente enquête.

Plusieurs médias, dont Mwananchi, le premier quotidien d’information en Swahili du pays, ont été suspendus après des publications sur la Covid-19. D’autres ont dû présenter leurs excuses à l’antenne lorsque les informations diffusées sur ce sujet avaient déplu aux autorités. 

Dans les pays où l’information indépendante est traquée, quand elle n’est pas officiellement interdite, le coronavirus n’aura pas échappé à la censure. Le régime du plus vieux président en exercice au monde, Teodoro Obiang, chef de l’Etat depuis plus de 40 ans en Guinée équatoriale, a ainsi décidé de suspendre “Buenos dias Guinea”, une émission de télévision populaire diffusée en espagnol sur RTV Asonga, la seule chaîne privée du pays, qui appartient au frère du président. Pour avoir ouvertement relaté les violences commises par les militaires dans le cadre du confinement, les sept journalistes du programme se sont retrouvés au chômage technique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *